Adaptation au changement climatique: une étude interrégionale pour anticiper les risques

tempeteLe Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a montré que le changement climatique et ses conséquences nombreuses sur nos sociétés sont déjà là et inéluctables.  Son rapport montre que le climat mondial s’est déjà réchauffé d’1 °C environ en moyenne par rapport à l’ère préindustrielle. Au rythme d’émissions actuelles, le réchauffement climatique atteindra 1,5 °C entre 2030 et 2052. Sans rehaussement de l’ambition des pays signataires de l’Accord de Paris et sans mise en œuvre immédiate des mesures nécessaires, le réchauffement climatique global devrait atteindre 3 °C d’ici 2100.

Entre 2008 et 2013, la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR) a donc élaboré six études interrégionales, afin de caractériser la vulnérabilité des territoires liée aux évolutions climatiques, et améliorer les connaissances sur les impacts et les potentiels d’adaptation.

 L’étude Grand-Ouest

L’étude interrégionale du Grand-Ouest avait deux objectifs majeurs :

– une acculturation des acteurs aux enjeux d’adaptation aux effets du changement climatique,

– la formulation de préconisations utiles pour l’action publique, qui sont :

 –   Atténuer le changement climatique. Cela consiste en la limitation du réchauffement en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en augmentant le stockage de carbone ;

–   S’adapter au changement climatique. C’est se préparer à faire face à ses impacts afin d’augmenter la résilience des territoires.

 

Indicateurs clés

Niveau marin : Le niveau marin s’est élevé de 17 cm au cours du XXe siècle. Cette hausse atteindra entre 26 et 82 cm d’ici la fin du siècle.

 Températures : Les températures annuelles du Grand-Ouest augmenteront tout au long du siècle. Rennes aurait le climat actuel de La Rochelle en 2030, et celui de Gérone en Espagne en 2080.

 Pluviométrie : Une diminution des précipitations annuelles moyennes est prévisible.

Approche transversale

 L’eau

La répétition des épisodes de sécheresses aurait des conséquences importantes sur les milieux aquatiques et sur la qualité des eaux de baignades. En effet, la réduction du débit d’étiage des cours d’eau entraînerait un accroissement de l’impact des rejets polluants, en limitant leur capacité de dilution des polluants. La relative stagnation des eaux favorise aussi les phénomènes d’eutrophisation.

Les projections de Météo-France soulignent une augmentation des épisodes de fortes précipitations (supérieurs à 10 mm) sur la péninsule bretonne dès l’horizon 2030. Cette évolution pourrait se traduire par une augmentation des phénomènes de ruissellement dans les zones urbaines et surtout agricoles, augmentant d’autant la pollution diffuse des cours d’eau (nitrates et pesticides en zone agricole, hydrocarbures et autres polluants en zone urbaine). L’augmentation de la charge de nutriments de ces derniers (nitrates, azote, phosphore, etc.) pourrait se traduire, sur les littoraux, par un renforcement de la prolifération des algues vertes en période estivale.

 La biodiversité

Le changement climatique touchera les écosystèmes, à travers trois phénomènes majeurs ponctuellement déjà observés :

– Le déplacement vers le nord de l’aire de répartition de nombreuses espèces et la réduction de l’espace disponible pour certaines autres (risque d’extinction)

– L’évolution physiologique des espèces, en réaction à l’évolution climatique, avec de potentiels bouleversements des chaînes alimentaires.

– Le possible développement d’espèces invasives . Certaines espèces introduites accidentellement se révèlent mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques que les espèces locales. Dans ce cas, la question se pose de savoir si, globalement, les espèces envahissantes sont une menace (perte de biodiversité, etc.), ou au contraire une opportunité: les espèces envahissantes pourraient en effet contribuer à l’organisation de nouveaux écosystèmes mieux adaptés à l’évolution du climat.

La vulnérabilité des espèces locales dépendra de leur capacité à se déplacer en fonction de l’évolution du climat et donc de l’existence ou non de continuité écologiques dans les territoires. La vulnérabilité des espèces et écosystèmes marins et des activités qui en dépendent reste encore très incertaine à ce jour.

De telles évolutions devraient aboutir dans le Grand Ouest à l’émergence de nouveaux équilibres écosystémiques, dont la forme reste pour le moment très incertaine.

 

Santé

Episodes caniculaires  et  pollution atmosphérique

Dans un contexte de vieillissement de la population, la hausse du nombre de jours de canicule accentue les risques sanitaires. Lors de la canicule d’août 2003, les décès ont augmenté de 19,7 % en Bretagne.

Étroitement liée aux épisodes de canicule, la dégradation de la qualité de l’air se traduit en règle générale par une augmentation de la concentration de l’ozone, surtout en milieu urbain.

La Bretagne est aujourd’hui peu concernée par les pics de pollution atmosphérique :

• Les vents d’ouest dominants et le climat océanique limitent la stagnation des masses d’air polluées ;

• La région est peu émettrice de pollutions.

Malgré cette plus faible exposition, la Bretagne est également concernée ponctuellement par les impacts sanitaires liés à la qualité de l’air. À titre d’exemple, Air Breizh a enregistré lors de la canicule d’août 2003 à Lorient l’un des plus fort taux de concentration en ozone à l’échelle nationale.

 

Maladies infectieuses

En période de sécheresse, comme ce fut le cas en 2003, l’augmentation de la température de l’eau entraîne une surmortalité des poissons, ainsi que le développement d’organismes microbiologiques potentiellement dangereux pour la santé, avec des risques d’intoxication alimentaire, notamment par la consommation de coquillages. Des nouvelles maladies infectieuses pourraient apparaître, par exemple la méningo-encéphalite amibienne primitive (MEAP) : l’amibe responsable de cette maladie se développe dans l’eau chaude, pénètre par voie nasale et provoque dans la quasi-totalité des cas le décès de l’individu infecté. Présente dans les pays chauds (Australie par exemple), cette amibe a été repérée dans les rejets des réseaux de refroidissement des centrales nucléaires. Dans le contexte du changement climatique, elle pourrait survivre dans  l’environnement en période estivale, contaminant les eaux de baignade et potentiellement les réseaux d’eau potable dépendant des prises d’eau superficielles.

 

Les allergènes

Les effets de l’évolution actuelle du climat sur la hausse de l’exposition aux maladies allergènes liées aux pollens sont d’ores et déjà observés dans le Grand Ouest :

Le décalage des phases de développement saisonnier des plantes se traduit par une apparition de plus en plus précoce des pollens. La période moyenne de floraison du bouleau se situe aujourd’hui autour du 15 mars, alors qu’elle se situait aux alentours du 15 avril dans les années 1970. La fin de la période de pollinisation n’est pas décalée pour autant et se trouve même retardée pour certains végétaux. Dès lors, la phase d’exposition aux pollens a tendance à s’accroître de plusieurs jours et la quantité de pollens émise tend à augmenter.

L’aire de répartition de certaines espèces particulièrement allergènes tend à remonter vers le Nord.

C’est le cas notamment de l’ambroisie et de certaines graminées.

 

La submersion marine

Une hausse du risque d’inondation par submersion marine est à prévoir, résultant d’une élévation du niveau de la mer lors d’épisodes de tempêtes. Il est retenu une hypothèse « optimiste » de 0,40m, une hypothèse « pessimiste » de 0,60m et une hypothèse dite « extrême » de 1m en 2100 par rapport à l’année 2000.

Avec le changement climatique, la vulnérabilité future des littoraux du Grand Ouest aux risques côtiers dépendra de l’ampleur et des impacts localisés de l’élévation du niveau de la mer d’une part, mais aussi des choix de gestion du trait de côte et d’aménagement dans les secteurs actuellement exposés et qui pourraient le devenir en raison de l’élévation du niveau de la mer.

Ces choix relèvent du long terme et notamment de la mise en place de stratégies d’adaptation littorale et du respect des documents de planification des risques et d’urbanisme dans les communes littorales. Il s’agira en particulier de répondre à la poursuite tendancielle de la croissance démographique de ces territoires sans pour autant augmenter l’exposition future.

Approche thématique

 

La forêt

Les forêts connaîtront à court terme une hausse de productivité. A plus long terme, les épisodes de sécheresse devraient avoir un impact négatif sur la physiologie des arbres (dépérissement, ravageurs…) et sur l’augmentation du risque de feux de forêt.

De nouveaux défis pour le secteur agricole : des difficultés se manifesteront sous la forme de conflits d’usages renforcés autour de la ressource en eau entre usage agricole, usages domestiques et industriels et besoin des milieux naturels.

 

Energie

Des fragilités d’approvisionnement en électricité

En cas de forte chaleur, le fonctionnement des systèmes de refroidissement des centrales nucléaires est perturbé, avec  des impacts directs sur la chute de production d’électricité. À cette vulnérabilité, s’ajoutent la fragilité des infrastructures aériennes de distribution d’énergie soumises aux phénomènes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents.

 

Tourisme

L’augmentation des températures moyennes et la réduction des précipitations en période estivale devraient accroître l’attractivité touristique du Grand-Ouest .

 

Bâti et infrastructures

Le changement climatique devrait accroître l’exposition du bâti, et des infrastructures de transport, aux risques naturels et à l’évolution des moyennes climatiques (précipitations et températures). Deux types d’impacts potentiels se distinguent :

– Les impacts directs, liés à la survenance d’événements extrêmes : inondations, glissements de terrain et coulées de boue et tempêtes.

– Les impacts indirects relèvent d’une réduction possible de la durée de vie des ouvrages. Le risque de retrait gonflement des argiles, qui devrait s’accroître avec l’augmentation de la durée et de l’intensité des épisodes de sécheresse, agit ainsi de façon différé, dégradant progressivement les ouvrages.

Coordination des actions dans un contexte d’incertitude

L’étude interrégionale rassemble un ensemble de données pour alimenter les stratégies et politiques des acteurs du territoire. Ce type d’étude se révèle aussi utile à de nombreuses démarches, au premier rang desquels figure le schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie alimentant lui-même des démarches plus locales telles que les plans climat énergies territoriaux.

L’article L121-1 du Code de l’urbanisme prévoit entre autres la prise en compte de l’énergie et du changement climatique par les schémas de cohérence territoriale, les plans locaux d’urbanisme et les cartes communales.

D’autres outils transversaux de développement local peuvent aussi se nourrir de l’étude (diagnostic de projets de territoire telle que les Chartes de territoire, projets de parc naturel régional, Agenda 21…).

L’une des grandes difficultés concernant la mise en œuvre de la politiques d’adaptation est liée à la prise de décision dans ce contexte d’incertitude : quels choix opérer lorsque l’ampleur, la vitesse du changement et ses impacts ne sont pas parfaitement connus ?

Le risque ici est de mettre en œuvre des mesures dites « mal-adaptées », c’est-à-dire des mesures qui contribuent à accroître la vulnérabilité au lieu de la réduire.

Pour éviter le risque de « maladaptation », plusieurs principes peuvent être privilégiés. Ainsi, il peut s’agir de :

–  Choisir des stratégies « sans regret », porteuses de bénéfices, même en l’absence de changement climatique (exemple : les politiques d’économie de la ressource en eau) ;

–   Investir avec des marges de sécurité (sur-dimensionner les systèmes de drainage de l’eau) ;

–  Favoriser les stratégies réversibles ;

–  Réduire l’horizon temporel des investissements ;

–  Favoriser l’adaptation financière et institutionnelle.

 

En tout état de cause, l’adaptation est un processus dynamique, ce qui implique de concevoir une stratégie pour quelques années seulement, mais qui doit prendre en compte le très long terme et être réajustée tout au long du siècle au fur et à mesure que de nouvelles informations sont disponibles.

Laisser un commentaire